30 avril 2025
Messieurs les blancs-pays et békés,
De la mise en application du système odieux de l’esclavage à nos jours, et du code noir, vous n’avez cesse d’être en position dominante humainement et économiquement par rapport à la multitude d’hommes, de femmes et d’enfants que vous avez réduits au rang de marchandises (code noir de Colbert de 1685).
Lorsque vous avez eu écho de l’imminence de la première abolition de l’esclavage décrétée par la convention le 4 février 1794, vous vous êtes ralliés aux royalistes, avez trahi votre pays et pactisé, sans état d’âme, avec les anglais. C’est d’ailleurs à votre demande et pour, préserver vos seuls intérêts égoïstes et maintenir le système esclavagiste, que l’armée anglaise a envahi et la Guadeloupe et la Martinique.
Nombre d’entre vous ont d’ailleurs été guillotinés, pour haute trahison, lorsque les troupes de Victor Hugues, porteuses du décret d’abolition, ont battu en octobre 1794 les troupes d’occupation anglaises
en Guadeloupe. Nombreux sont ceux d’entre vous qui ont fui précipitamment par tous les moyens la Guadeloupe pour rejoindre la Martinique solidement défendue par l’armée anglaise. En un mot comme en mille, l’argent a été et demeure votre seule patrie, au-dessus de toute autre considération.
On peut aisément comprendre pourquoi que la première abolition de l’esclavage n’ait pas prévu d’indemnités pour vous.
Par contre dès l’annonce d’une nouvelle abolition, le lobby des colons, votre lobby donc, va batailler pour obtenir des réparations, se réclamant des thèses de l’abolitionniste Lamartine qui déclarait, dès 1835, que ‘’le gouvernement n’a, pour réussir l’émancipation, qu’à discuter avec les colons le chiffre de l’indemnité’’. Vous savez que Victor Shoelcher partageait cette thèse tout en réclamant une indemnité pour nos parents réduits en esclavage. Mais ni lui, membre de la commission d’indemnisation, ni le député Emiland Menand, qui a présenté un amendement pour une répartition à parts égales de l’indemnité, ne seront suivis. L’amendement n’a même pas été discute et seuls vos parents esclavagistes ont bénéficié de réparations dont le montant avait été âprement discuté par les vôtres, bien avant le 4 mars 1848, date de l’adoption par le gouvernement provisoire de la suppression de l’esclavage dans les colonies françaises.
Le 27 avril 1848, le décret d’abolition est signé par le gouvernement provisoire, qui prévoit dans son article 5 que ‘’l’assemblée nationale règlera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons’’…
Le 30 avril 1849, soit presque un an jour pour jour après le décret d’abolition, votre loi d’indemnisation est votée, qui détermine en 11 articles tous les avantages qu’elle vous concède sous forme de capitaux et d’une rente annuelle sur 20 ans. Ces avantages vont accroitre considérablement votre richesse tout en maintenant votre main-mise sur le foncier de nos pays respectifs.
Ainsi nul ne peut nier l’évidence, à savoir que les indemnités indument versées à vos parents ont contribué grandement à la continuation de votre domination coloniale et raciale qui n’a cessé de se renforcer depuis 1849.
Nul ne peut nier non plus que vous formez des castes coupées des hommes et des femmes qui peuplent nos territoires, et des castes qui imposent leurs décisions à tous les gouvernants français de quelque couleur politique qu’ils soient.
En vrai, vous vous croyez supérieurs à nous que vous avez toujours méprises, supérieurs à nous a qui vous avez la prétention d’avoir civilisés, alors que nous affirmons à la face du monde que nul n’est supérieur à nous.
Le 30 avril de la présente année 2025, cela fera exactement 176 ans que vous avez bénéficié d’indemnités qui équivalent aujourd’hui à plusieurs milliards d’euros. Aussi à cette date anniversaire, nous déclarons que l’heure de la réparation est venue et que nous vous sommons d’y faire droit !
Au nom de nos parents spoliés et déshumanisés qui n’avaient aucun moyen, aucune tribune, aucun tribunal pour faire valoir leurs droits, nous nous engageons à poursuivre cette œuvre de justice jusqu'à son aboutissement.
C’est un devoir, notre devoir, envers nos ancêtres et parents qui doivent être réhabilités par le biais de ces réparations. C’est aussi notre devoir vis-à-vis des enfants de Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion qui ont besoin de dignité, de fierté et de moyens matériels et financiers pour se construire dans leurs pays respectifs.
Que vous le vouliez ou non, c’est le seul chemin qui s’offre à vous si vous espérez un jour parvenir à une difficile réconciliation, qui ferait de vous des membres à part entière de nos sociétés post esclavagistes en construction.
Les modalités de ces réparations seront à définir, pays par pays, mais il ne vous appartiendra pas, comme vous l’avez fait en 1849, de fixer vos conditions...
Les organisations signataires :
Pour la Guadeloupe : CIPN FKNG MIR GUADELOUPE UPLG
Pour la Martinique : MIR MARTINIQUE MODEMAS CNR
Pour La Guyane : MIR GUYANE
Pour la Réunion : KA-UBUNTU
Pour les enfants à partir de 3 ans.
Foyer rural de Sarrault au Lamentin.
Soti sentàn rivé préchè
Depuis plus d' une semaine la délégation du MIR, composée d'africains martiniquais, guadeloupéens et guyanais.